« On était au environ de Barstow, on attaquait le désert quand les drogues ont commencé à faire effet. »
Par cette fameuse phrase commence l'un des plus délirant roman de fiction journalistique des folles 70's. Hunter Stockton Thompson alias Raoul Duke, accompagné de son avocat Oscar Acosta aka le Dr Gonzo, nous immisce dans un voyage initiatique sur la déchéance du Rêve Américain post-Vietnamienne, doté pour seul ticket qu'une valise pleine de diverses drogues – mescaline, poppers, coke, marie-jeanne, L.S.D., rhum, éther. Fear And Loathing In Las Vegas – traduit en français par Las Vegas Parano-, écrit tel une évidence, un prémice au journalisme Gonzo, sorte d'autofiction journalistique totalement subjective où l'observateur est lui-même le personnage principal du roman, après un premier essai réussi que fut Hell's Angel.
The Doctor Thompson trempe sa plume incisive dans l'éther pour une description fictionnelle de la course de moto du Mint 400 puis de la convention nationale des procureurs sur les dangers des stupéfiants, - auquel il participa complètement défoncé-, dans un premier article initialement destiné aux magazines Sports Illustrated & Rolling Stone, basé à San Francisco. Fear and Loathing in Las Vegas est la pièce centrale de son ½uvre, qui propose, dans ces années 70, après les présidences de Johnson et de Nixon, qui menèrent les U.S.A. dans les tréfonds de la guerre du Viet Nam, une vision lucide et provocatrice de la mort de l'American Way Of Life.
Las Vegas Parano présente la couverture d'une course de moto par un journaliste totalement allumé qui profite de sa présence à Las Vegas pour s'adonner à la défonce de l'année dans l'enfer du jeu. Fear and Loathing in Las Vegas est aussi représentatif du Freak Movement mené par Thompson que Sur La Route de Jack Kerouac l'était pour la culture Beatnik et Vol au Dessus d'un Nid de Coucou de Ken Kesey L'était pour la génération hippie.
Après l'engouement provoqué par l'émancipation sexuelle de la fin des années 60, le Summer Of Love, la révolution des m½urs initiée à San Francisco, Thompson analyse ici ce qu'il reste de ces moments d'exaltation pour une jeunesse qui croyait pouvoir changer le monde.
Pour ce journaliste qui n'avait jamais vraiment intégré le mouvement hippie, ceux-ci n'ont existé que sous une forme d'ébullition sur un feu de contestation. Une fois cette chaleur passée, cette culture devait sombrer en déliquescence. Joplin, Hendrix, Morrison étaient déjà parti au panthéon des icones rock qui se consumèrent dans la folie de ces années de feu.
Puis la débâcle du festival d'Altamont évacua les dernières cendres...
Bien sur, Las Vegas Parano reste ce chef-d'½uvre d'humour écrit pendant ces nuits allumées où Thompson restait parfois, -souvent-, jusqu'à l'aube devant sa machine à écrire. Comment nos zygomatiques peuvent ils rester tétanisés à la description azimutée et subjective d'un éthéromane, divaguant dans les allées des casinos de Las Vegas ? Ou cette convention sur les dangers des stups, à laquelle participa Duke grâce à sa seule carte de presse, qui lui permit de se faire respecter par les quelques centaines de flics tandis qu'il sombrait dans une défonce insensée.
Pourtant Thompson le dit lui-même, il faudrait être dingue pour croire tout ce qui est écrit. Il a toujours affirmé que l'alliance de la fiction et du journalisme était plus révélateur de la vérité profonde que tous les articles pondus par les pisses copie du Times. Ce qu'il visait, c'était une technique psychédélique/photographique de journalisme instantané : un brouillon écrit sur place à vitesse grand V en évitant corrections, relectures, coupes et fioritures, le tout prêt pour la publication. Car Fear and Loathing in Las Vegas est avant tout un article, publié en deux épisodes par le magazine Rolling Stone. Le théoricien du nouveau journalisme américain, Tom Wolfe parlera d'un « brûlot sensationnel parfaitement en phase avec son temps. ». C'est d'ailleurs la première fois qu'il utilise la formule Fear & Loathing, la peur & la crainte, formule qui accompagna ses analyses politiques tout au long de sa carrière de journaliste.