Au début des années 1980, le rock et le hard rock dominent la scène musicale française et européenne (Trust, AC/DC, The Clash, Kiss, Led Zeppelin,...), avant que ne s'émancipent les Indochine ou autres représentants d'une musique pop plus anglophone. Principaux représentants dans l'hexagone, Téléphone, mené par Jean-Louis Aubert et Louis Bertignac, s'installent en tête des hits parades avec un rock simple et efficace, dans lequel se reconnaît tout une génération post adolescente. C'est à cet instant que trois jeunes bordelais, Serge Teyssot-Gay, Bertrand Cantat (né le 5 avril 1964 à Pau) et Denis Barthe sont en passe de révolutionner le "rock à la française". Ils fondent un groupe qui, au fil des répétitions et des concerts locaux, dont certains finiront par regrouper plus de 500 personnes, prend le nom définitif de Noir Désir, pour sortir un premier album en février 1987, Où veux tu que j'regarde. Profitant de la séparation de Téléphone en 1986 et du vide béant laissé derrière lui par la bande à Aubert, Bertrand Cantat impose un premier disque ravageur, quoique encore bridé par la jeunesse et l'inexpérience. Celui-ci laisse cependant entrevoir un avenir prometteur. Des textes poétiques, des guitares accrocheuses, une ambiance sombre et torturée, cet album fait découvrir au public un nouveau son jusque là ignoré. Mais la folie Noir Désir se déclenche avec la sortie en 1989 de Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient), un deuxième opus magnifique duquel immergent Les écorchés et surtout le splendide Aux sombres héros de l'amer. Balancé par une intro à l'harmonica et un rythme chaloupé, Bertrand Cantat, entre Jim Morisson et Jacques Brel, resplendit dans toute sa froideur et sa révolte. Il est un héros pas ordinaire d'une scène rock laissée depuis peu moribonde. Forts de ce succès, les 4 nouveaux emblèmes du rock français ne se laissent pourtant pas séduire par l'appât du gain et de la médiatisation. Restant volontairement à l'écart des télés et des promos, Noir Désir continue son bonhomme de chemin à l'abri de toute influence. Du ciment sous les plaines en 1990, puis le fantastique Tostaky (Todo esta aqui) en 1992 épuisent les 4 hommes. En effet ces deux albums très aboutis sont le résultat d'un travail de titan. De la pochette de disque au mixage en passant par les affiches et les clips, Noir Désir est attaché à ne pas se laisser manipuler. Cette volonté farouche d'indépendance et de liberté répond parfaitement à une jeunesse révoltée et désenchantée, qui reconnaît alors en Cantat et sa bande, une nouvelle idole. Dies Irae sorti en 1994, premier album live du groupe retranscrit les premiers succès du groupe ainsi que le florilège de leur influence. S'ensuit une pause qui durera jusqu'en 1996, pendant laquelle de sérieux problèmes de cordes vocales conduiront Bertrand à se faire opérer. C'est alors la parution de l'album 666.667 club qui bouleversera alors encore une fois le rock français, opus porteur de tubes monstrueux tels que Un jour en France, L'homme pressé ou encore Comme elle vient. Noir désir se verront remporter deux victoires de la musique, qu'ils refuseront, puis sortiront un album de remixes, One trip, one noise et une compilation, En route pour la joie, une sorte de "greatest hits". En 2002 c'est la venue au monde d'un album particulier, Des visages, des figures pour lequel Noir Désir accepte cette fois ci deux victoires de la musique. Pour l'occasion, leur apparition en direct à la télévision se résumera à une lettre incendiaire pour leur patron Jean-Marie Messier (lettre qui fera l'objet d'un futur article, tant elle fait partie intégrante de ce qu'est pour moi Noir Désir).
Au cours de l'année 2003, Bertrand défraie à nouveau la chronique, cette fois ci dans la rubrique faits divers... En effet le 28 Juillet, alors qu'il accompagne sa compagne Marie Trintignant pour le tournage d'un film, une violente dispute au retour d'une soirée conduit celle-ci à l'hôpital dans un coma profond. Elle décèdera des suites de ses blessures quelques jours plus tard. Le chanteur lui est mis en examen et incarcéré de longs mois en Lituanie, attendant son procès débutant le 16 Mars 2004, qui le condamnera à 8 ans de réclusion criminelle. Actuellement toujours emprisonné en Lituanie, Bertrand et les autres Noir désir sont en sommeil... Je ne souhaite pas m'étendre davantage sur la survie éventuelle du groupe, car je n'aime pas trop parler de cet évènement. Je peux juste dire qu'à mon sens, l'acte de Bertrand ne lui enlève rien de son oeuvre, si grande...
Indépendants et solitaires, les quatre bordelais de Noir Désir ne se laisseront donc jamais dresser. Avec un rock énergique et poétique, ils rassemblent une génération de c½ur et d'esprit, éprise de liberté et de richesse culturelle. Chacun de leurs albums est un trésor de musicalité et d'écriture, prouvant que la scène rock française, plus que jamais, ne se réduit pas à un son de guitare...
-Etienne-